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Ange

Source : flickrs.com : Amiela40 - away Les ailes du vent. The wings of the wind

Source : flickrs.com : Amiela40 - away Les ailes du vent. The wings of the wind

J'ai pensé à vous, et voici l'histoire d'Ange, que j'ai écrite en janvier 2014 pour répondre à un concours. Je viens de la relire, et je me suis dit que je pouvais la partager avec vous. La voici donc, et bonne lecture :

Concours 2014- jedeviensecrivain.com

Sujet : Méfiez-vous des apparences !

Défi de Michel BUSSI

ANGE

Ange est un beau jeune homme qui vit pleinement avec son temps. Il a vingt ans et six mois et cela fait déjà plus de neuf ans qu'il n'habite plus chez ses parents. Il a quitté très tôt le giron familial car il ne s'y sentait pas bien. C'est d'ailleurs lui qui, dès ses onze ans, a demandé à son père de l'inscrire en pension. Au moins pendant la semaine, il était avec des amis et s'amusait bien. Il lui est même arrivé de ne pas rentrer quelques week-ends de suite. Ange préférait passer ces deux jours de repos, avec le gardien du pensionnat et quelques dizaines de gamins, plutôt que de rentrer chez lui. Malgré ses rapports distants et conflictuels avec ses parents, Ange était un très bon élève. Il obtint haut la main tous ces diplômes. Il était d'ailleurs tellement doué, qu'à deux reprises, il put passer aux classes supérieures. Et, avec deux ans d'avance, il se retrouva très jeune, dans l'une des plus grandes écoles de commerce de la plus grande ville de la région.

Maintenant, tout jeune adulte, il a déjà un bon travail, un bel appartement en plein centre où il vit en totale autonomie. Le rêve pour le jeune homme ! Il est souvent accompagné d'amis et de connaissances, il sort beaucoup et a de nombreux loisirs. De plus, et cela n'est pas un détail pour lui, le climat ensoleillé du Sud l'enchante plus que tout le reste, à vrai dire ; dans sa ville, il fait toujours beau ! À quelques exceptions près cependant. D'ailleurs, Ange s'aperçut lui-même qu'il savait très vite détecter les jours de pluie ! « Comme s'il en était allergique », plaisantaient entre eux ses collègues de travail !

- Il devient agressif même lorsqu'il est tout mouillé ! déclara un jour, en le taquinant sa voisine de bureau.

Ces petites chipoteries entre collègues s'arrêtaient là cependant, car le jeune homme était globalement très apprécié. Même si cela ne faisait que six mois qu'il avait été embauché dans cette grande entreprise, il y était déjà très bien intégré. Serviable et disponible, tout le monde pouvait compter sur lui. Étant donné qu'il était très bien organisé et qu'il aimait son travail, il allait vite et privilégiait l'essentiel. Il pouvait donc seconder quelques personnes qui avaient moins de facilités que lui. Tout le monde connaissait le parcours et surtout le jeune âge d'Ange. Et devant son professionnalisme et sa gentillesse, les gens ne pouvaient que s'incliner. Dans les couloirs courait même le bruit d'une probable future grande carrière dans l'entreprise. Lui n'avait rien demandé, mais tous attendaient de voir fleurir des propositions de postes, plus en adéquation avec ses talents.

Cependant, le seul capable de lui faire grimper les échelons le plus rapidement possible, c'était le grand patron lui-même, Monsieur Rocwood. Et pour cela, il fallait obligatoirement qu'il le repère. Le patron prenait systématiquement toutes les décisions importantes et ne se laissait conseiller que très rarement. D'aucuns disaient de lui qu'il régnait sur son entreprise d'une main de fer. Et ce n'était pas simplement une impression. Effectivement, Monsieur Rocwood était l'archétype du grand patron. Mais cela s'expliquait. Il y avait environ quinze ans, il avait presque failli perdre son entreprise, ''son bébé'' comme il disait parfois, à cause de mauvais conseilleurs. Depuis, il ne laissait personne lui dire ce qu'il fallait faire et à bien regarder les résultats obtenus, il n'avait pas tort. Depuis qu'il fonctionnait ainsi, il n'avait eu que des succès. Cependant, le patron se faisait vieux et après trois mariages ratés, il voulait consacrer désormais un peu plus de temps et d'attention à ceux qu'il avait négligés jusque-là, c'est-à-dire sa famille proche. Il s'était remarié récemment et sa nouvelle femme attendait un enfant. Il pensait que c'était le moment pour lui d'assumer son rôle de père et de ne pas recommencer les erreurs précédentes. En tout cas, ce souhait-là était maintenant presque impératif, il le vivait comme une dernière chance que la vie lui accordait. C'est donc, dans cet état d'esprit assez particulier, inédit en tout cas depuis le début de l'entreprise, que le grand patron avait fait la connaissance d'Ange. De son côté, jamais le jeune homme n'aurait pu penser que le ''bizutage'' auquel les gens de l'étage dans lequel il travaillait lui avaient fait subir -même si, évidemment, personne n'allait le reconnaître- aurait pu l'amener aussi haut, si vite. Ange avait parfaitement su retourner la situation qui pour certains aurait pu sembler difficile et même insurmontable. Ce fut pour lui un atout incroyable ! En tout cas, c'est ainsi qu'il décida de le vivre. D'ailleurs, cette histoire était sur toutes les lèvres désormais. Voici comment, à peine arrivé, Ange fut littéralement propulsé à un poste à haute responsabilité.

Dès qu'il fut embauché dans l'entreprise, au vu de son parcours et de ses capacités affichées sur le dossier de recrutement, son supérieur, le chef d'étage qui n'était ni plus ni moins qu'un des responsables des nombreux secteurs d'activité de l'entreprise, lui avait fait éplucher les résultats obtenus par ses collègues de l'étage durant l'année. Il lui avait demandé ensuite de lui préparer une présentation pour le jour de la grande réunion annuelle. En bref, Monsieur Gorgen lui avait fait faire son travail ! Normalement, le jeune homme devait juste préparer les chiffres, les tableaux, les graphiques et remettre le tout à son chef. Cependant, en collectant les données et en faisant la synthèse, Ange s'aperçut que certains postes d'activités, au sein de l'étage, pouvaient être améliorés. Il en parla à Monsieur Gorgen qui l'écouta attentivement, et qui finalement lui dit :

- Je vois que tu as plein d'idées, c'est brillant bravo ! Pourtant, je tiens à t'avertir d'une chose qu'il ne faudra que tu n'oublies jamais, je dis bien jamais, si tu veux faire de vieux os dans cette entreprise et peut-être un jour prendre un poste équivalent au mien. Toutes tes idées, notamment concernant la possibilité d'améliorer quoi que ce soit ici, tu laisses tomber ! Cela fait trente ans maintenant que je bosse dans cette entreprise et ce ne sont pas des gens comme moi et encore moins comme toi, si tu vois ce que je veux dire, qui peuvent proposer quoi que ce soit qui puisse rentrer dans la case amélioration de quoi que ce soit ! Alors tes idées de jeune cadre dynamique, tu vas les mettre dans ta poche avec un gros mouchoir par-dessus, pour être sûr qu'elles ne tombent dans aucune oreille moins compréhensive que les miennes, et tu vas continuer à faire très exactement ce que l'on te demande de faire, ni plus, ni moins ! Les tires au flan, on n’en veut pas et les gens qui prennent des initiatives dérangent tout autant. Et crois-moi, mieux vaut ne déranger personne, si tu vois ce que je veux dire, dit-il les yeux tournés vers le plafond. À bon entendeur...

Et d'un geste de la main, il le renvoya de son bureau en lui disant, assez froidement d'ailleurs, de fermer la porte derrière lui.

Ange poussa la porte du bureau, très déçu et un peu vexé par l'attitude de son supérieur. Il trouvait bizarre que le fait de vouloir améliorer les choses ne lui ait pas plu. Avec, ne serait-ce qu'une de ses idées, il aurait pu obtenir un chiffre d'affaire bien supérieur à celui qui était le sien à l'heure actuelle !

- C'est dommage un tel état d'esprit quand même ! se dit Ange en arpentant le couloir qui le ramenait vers son poste de travail. Alors que cela pourrait être super pour tout le monde !

Ses interrogations ne le quittèrent plus, et d'ailleurs, la journée semblait être celle des questions. Tous les gens de l'étage qu'il croisait s'adressaient à lui en s'interrogeant sur tout et sur rien ! ''C'est fou ça !'' se dit le jeune homme. Ce n'était pas la première fois qu'il s'apercevait que ses préoccupations à lui étaient momentanément du moins, partagées par les gens de son entourage, et surtout, par les gens qui lui adressaient la parole ! Mais ces réflexions, qui auraient pu lui changer les idées, ne firent que renforcer son humeur maussade. Ange rentra chez lui bien triste, ce soir-là ! Et pour couronner le tout, il se mit à pleuvoir !!

Pourtant, c'est dès le lendemain que pour lui, tout changea. Il se trouve que Monsieur Gorgen, était absent ce jour-là.

- Il est parti hier soir très contrarié ! Peut-être que c'est pour ça qu'il est malade aujourd'hui ! En tout cas, il est mal ! Il m'a appelé, et je le comprenais à peine. C'est sa femme qui a dû me dire ce qui se passait ! ''Depuis hier soir, il a une fièvre de cheval'', voilà ce qu'elle m'a dit. Je lui ai quand même demandé de me tenir informé et de me dire ce que c'est exactement. Ils attendaient leur médecin. Tu comprends, si c'est contagieux tu vois, je n’ai pas envie de tomber malade comme lui, moi !

C'était sa secrétaire qui en discutait avec une collègue de l'étage inférieur dans la salle de repos, autour du café du matin. Lorsque Ange vint se servir le sien, les deux femmes lui firent la bise comme d'habitude et lui confirmèrent que la présentation du soir même allait sans doute être remise à une autre fois, pour cet étage au moins.

- Gorgen est couché !

- J'ai entendu oui, dit le jeune homme en souriant.

Mais, comme s'il n'avait rien dit, elles lui expliquèrent à nouveau ce qui se passait. Pendant qu'elles imaginaient ce qui allait probablement advenir le soir durant la réunion, à savoir la remise à une date ultérieure du compte-rendu de l'activité de l'étage, Ange vit pour lui une opportunité ! Non pas de se faire remarquer -enfin, pas uniquement en tout cas- mais aussi, de rendre service tout simplement. En effet, il connaissait le dossier par cœur, puisque c'est lui qui l'avait rédigé. Et en plus, il avait tout compris du fonctionnement de l'activité de l'étage, puisqu'il pouvait proposer d'autres solutions plus ingénieuses et surtout plus rentables ! Même si Gorgen l'avait mis en garde la veille au soir sur ce qu'il risquait d'exposer ses idées, Ange savait qu'elles étaient vraiment très bonnes ! C'était dommage de ne pas tenter d'en parler. Après tout, si cela ne plaisait pas, on le lui ferait savoir en le faisant taire tout simplement ! Il ne risquait tout de même pas sa vie ! Et de toute façon, il prendrait l'entière responsabilité de tout ça ! Il avait l'habitude et était même fier de pouvoir dire qu'il assumait tout ce qu'il disait et faisait. Ce qui, jusque là, était tout à fait vrai ! Et puis, faire cette présentation aujourd'hui allait arranger tout le monde : le grand patron n'aurait pas à revenir, et les employés ne seraient pas obligés de rester au travail un autre soir dans la semaine non plus ! Ce serait vraiment une très bonne solution ! Rempli de ces bonnes intentions, et plein d'enthousiasme, Ange s'écria presque :

- Mais moi, je peux faire la présentation !

- T'es fou ou quoi ! dit la secrétaire de son étage. Tu ne peux pas passer par dessus Monsieur Gorgen comme ça enfin ! Et puis Rocwood ne voudra jamais ! Ils se connaissent depuis le début de la boîte ces deux-là alors !

- Remarques, on ne peut pas dire qu'ils sont supers copains pour autant ! dit l'autre secrétaire d'un air mutin.

- Tu as raison ! Ils ne s'entendent pas du tout à mon avis ! Impossible cependant de le savoir exactement. Gorgen ne dit jamais rien de travers lorsqu'il parle de Rocwood, mais on sent bien que quelque chose coince quand même !

- Alors, tu vois mon cher, dit la secrétaire d'étage en se retournant vers Ange, je te conseille vraiment de ne pas ouvrir ta jolie bouche ce soir ! Si tu tiens un peu à ta place parmi nous...

- Bon, si vous pensez que ce n'est pas possible alors, considérez que je n'ai rien dit ! dit Ange encore déçu par les avertissements des secrétaires.

- Ah ah ah ! s’esclaffèrent-elles devant son air d'adolescent qui vient de se faire remettre à sa place. Mais qu'il est mignon celui-là ! dirent-elles en lui tirant les joues.

Ange sourit encore de façon un peu forcée, il se sentait un peu vexé quand même, par l'attitude de ces deux femmes à son égard. Cependant, il ne pipa mot. Par contre, il comprenait de mieux en mieux la mentalité qui régnait dans cette entreprise et en fut momentanément navré. Par certains aspects, il avait l'impression de revivre ce qu'il avait enduré avec ses parents : de l'indifférence assumée pour sa personne et ses idées, du mépris pour ce qu'il avait à dire, bref, un désintérêt total pour lui. D'un côté, il connaissait tellement ces sensations, qu'il pouvait très bien passer outre. Pourtant, il pensa, toute la journée, à sa condition au sein de cette entreprise. Il ne voulait pas revivre ces sentiments de rejets ! Ah ça non ! Pour rien au monde il ne voulait se sentir aussi mal que lorsqu'il vivait dans le domicile parental ! Alors, il se promit de chercher toutes les occasions possibles pour sortir de cette impasse. Il ne se voyait de toute façon pas obéir à des gens qui n'avaient aucune ambition jusqu'à la fin de sa carrière professionnelle. C'était décidé, dans cette entreprise ou dans une autre, il ne serait jamais un larbin à qui l'on donne des ordres et dont les idées ne sont pas entendues.

C'est avec cette ferme décision, que le soir même, à l'heure exacte, avec les centaines de personnes travaillant dans cet immense immeuble, Ange s'engagea dans la grande salle de réunion. Celle-ci était conçue comme un amphithéâtre. Les employés pouvaient donc se placer dans les gradins, et le grand patron, les décisionnaires et les chefs de secteurs étaient installés face à eux, en bas sur l'estrade.

Monsieur Rocwood qui siégeait au milieu d'eux, présenta les personnes qui l'entouraient et précisa qu'il avait appris qu'il manquait Monsieur Gorgen. Le grand patron, légèrement contrarié, eut alors une demande assez peu conventionnelle. Alors que tout le monde s'attendait à ce qu'il annonce la remise à une autre fois du compte-rendu de cet étage, il dit :

- Je voudrais que quelqu'un du huitième se dévoue pour présenter le dossier des résultats de cette année à la place de Monsieur Gorgen...

Un moment de panique parcourut les personnes travaillant au huitième. Personne ne se prononça, et cela ne plut pas du tout à Rocwood :

- Eh bien, au huitième ! Personne d'autre ne sait parler ou quoi ?! Quelqu'un va se dévouer et me présenter ce dossier. Aucun d'entre nous ici n'a envie de revenir pour entendre parler Monsieur Gorgen lorsqu'il sera sur pied, non ?

Sans attendre une réponse, le grand patron continua :

- On est bien d'accord ! dit-il satisfait de la non réponse de tout son personnel qui n'avait même pas osé bouger. Alors, reprit-il, que la secrétaire qui a tapé le dossier ou que celui qui est allé lui chercher les cafés qu'il a eu besoin pour pondre son truc, se secoue et me présente ça fissa !

Tous les yeux se tournèrent vers la secrétaire, qui rougit comme si elle avait avalé un piment fort ! D'un regard affolé, elle se retourna vers l'auditoire pour chercher désespérément Ange. Finalement, la proposition du jeune homme, si risible le matin même, lui paraissait tout à coup tout à fait adéquate. Il voulait présenter le compte-rendu, il allait pouvoir le faire finalement ! Et avec la bénédiction du grand chef en plus ! ''Pourvu qu'il soit toujours aussi enthousiaste que ce matin le petit et qu'il n'ait pas changé d'avis ! se disait-elle comme si elle entamait une prière. Car, s'il est vrai que c'est évidemment elle qui avait tapé le dossier, elle n'était pas du tout en mesure de présenter ce qu'il contenait pour autant. Elle s'était contentée de faire pour les grandes lignes, de grossiers copier coller, et en écoutant de la musique en plus ! De la musique classique certes, mais de la musique quand même ! Impossible pour elle de se souvenir de ce qu'elle avait fait, et de quoi il retournait exactement dans ce satané dossier. C'est à ce moment-là qu'Ange se leva et se dirigea vers elle. Elle lui sourit, visiblement soulagée. Il prit un des doubles du dossier qu'elle lui tendait, se mit devant le patron et ses aides, et se présenta. Puis, comme il savait parfaitement de quoi il allait parler, il commença à faire l'état des finances de l'étage dont il dépendait. Il commenta les courbes, les tableaux, les chiffres avec une telle aisance et une telle clarté, que tout le monde semblait être intéressé. C'était presque agréable à écouter. Puis, le jeune homme fit ce que jamais personne ne s'était aventuré à faire avant lui : il donna son avis et ce qui pouvait ressembler à des directives, à son patron et au staff quelque peu médusé. Jamais personne n'avait fait une chose pareille pour la simple et bonne raison que les idées d'améliorations et de développement des activités étaient le terrain gardé de Rocwood. Tout le monde savait ça ! En général, les bonnes idées venaient de lui et seulement de lui ! Mais là, malgré les yeux écarquillés de la majorité des employés, et les sourires narquois de certains autres, Ange put exposer son point de vue sans être coupé. Le jeune homme fut grandiose ! Ses solutions simples et efficaces étaient clairement exposées et tout à fait concrètes.

Lorsqu'il eut fini, Ange revint à sa place dans un silence assourdissant. Rokwood le regardait se déplacer et lui demanda une fois qu'il fut assis.

- Comment vous appelez-vous déjà, jeune homme ?

- Ange Sinkyaime, Monsieur !

- Monsieur Sinkyaime, je voudrais que vous veniez me voir dans mon bureau demain matin à neuf heures.

- Oui Monsieur.

- Bien ! Alors je déclare cette réunion d'objectifs terminée. Comme d'habitude, vous recevrez des instructions concernant les nouvelles marches à suivre. D'ici là, gardez le cap fixé de l'année précédente. Merci à tous, et bon travail.

Voici, comment Ange avait fait véritablement connaissance de Rocwood et comment Rocwood l'avait repéré comme étant, et de loin, un excellent élément. Mais pour l'heure, personne ne savait exactement ce qui s’était passé dans la tête du grand patron et donc personne ne savait ce qui allait advenir du jeune homme le lendemain dans le bureau. Dès le départ du dirigeant et de son staff, il y eut une vague de commentaires concernant l'intervention et l'avenir d'Ange. Certains étaient sûrs que la convocation du lendemain était synonyme de renvoi pour le jeune homme. En effet, jamais personne n'avait osé parler à Rocwood de cette façon.

- Il va se faire laminer le petit, c'est dommage, je l'aimais bien !

- Je crois qu'on peut lui dire Bye Bye ! Non ? Demain, il va se faire exploser et n'aura même pas assez de bras et de jambes pour revenir chercher ses petites affaires à son futur ex-poste de travail. Hihihihi !!

- Vous croyez qu'il faut que nous l'aidions dès ce soir à nettoyer son petit coin ? Je n'ai pas envie de le faire après-demain en hâte, pour le remplaçant moi !

- C'est sûr qu'il va se faire virer, j'ai cru que le vieux allait faire une attaque quand il parlait ! Il était vert !

Et il y avait les autres, ceux qui pensaient le contraire. Ange les avait fortement impressionnés et ils étaient sûrs que le lendemain serait jour de promotion exceptionnelle pour le jeune homme.

- Bah, tu étais un peu loin pour voir la tête du boss toi non ? Moi je n'ai rien vu de tel ! Je crois même que Rocwood a été bluffé comme nous tous et agréablement surprit par la présentation du jeune.

- Ouais, elle a raison ! Vous vous gourez grave ! Rocwood va le propulser plus haut que là où vos petits culs terreux ne pourront jamais vous amener !

- Oh là là ! T'as besoin d'être malpoli toi pour donner ton point de vue ?! Je suis d'accord avec toi, mais on peut le dire d'une autre façon tu ne trouves pas ?

- C'est sûr, quand on sait bien causer, on peut évidemment ! Mais moi, ça me trou le...

- D'accord, on a compris ! Tu es impressionné et... un peu jaloux peut-être ?

- Ouais, pas faux ! Jaloux de pas avoir sa manière de tailler une bavette ! Et le patron, il est loin d'être con ! Il l'a repéré c'est sûr. Il va te lui faire une putain de proposition ! Mijotée aux lardons, et à la crème fraîche, vous allez voir !

- T'as faim ou quoi ? Parce que tu me donnes faim avec tes recettes toi !!

- ???...

- C'est possible, oui, qu'il soit félicité ! Et si on ne le voit plus demain, ce ne sera pas parce qu'il cherchera un autre job, mais bel et bien parce qu'il va changer d'étage...

- Non ?!! Le douzième ?!! Tu crois ??

- Eh bien, pourquoi pas !

- Mais, le douzième c'est l'étage des décisionnaires ! Pas déjà chez les décisionnaires non plus ! Faut pas exagérer les gars ?... Vous croyez ?

- Ch'ais pas... Parions !

- Quoi ?

- Parions sur lui ! Parions sur le douzième pour lui ou pas !

- Non, pas sur le douzième, c'est quand même trop gros ça ! Si on doit parier, faisons-le juste sur le fait qu'il reste dans l'entreprise ou pas !

- Non mieux, parions sur le fait qu'il se fait promotionner ou pas ! Parce qu'il peut aussi se faire remonter les bretelles, ou même se retrouver au ménage, avant qu'il soit foutu dehors, non ?

- OK, moi je prends le pari qu'il obtient une promotion.

- Moi aussi !

- Moi aussi !

- Comptez-moi avec vous !

- Et nous, on vous dit et on parie qu'on ne le revoit plus. Demain, il se fait éjecter de la boîte. Sortez vos billets les filles !

- OK, mais on a dit qu'on ne parlait pas de promo. Moi je parie juste sur dehors ou pas !

- Ouais, c'est ça, pas de promotion pour l'avorton !

- Ahahahah ! Cela ferait un bon slogan ça ! Putain, c'est toi qu'il devrait promotionner le patron !

- Ahahahahahah !!

Ange n'était pas loin et avait tout entendu. Il se tenait, comme invisible, derrière ce groupe de collègues qui riaient à ces dépens. Mais il ne leur en tenait pas rigueur. Il ne savait pas non plus ce qui allait advenir de lui le lendemain. Tout ce qu'ils disaient, il le pensait plus ou moins aussi. Cependant, il avait quand même une petite idée. Tous ces gens qui parlaient dans son dos n'avaient pas vu le regard du grand patron, ils n'étaient pas assez proches pour pouvoir se rendre compte de ses micros expressions. À un moment, il a même semblé à Ange, de voir une esquisse de sourire sur le visage froid et naturellement figé de Rocwood. Le doute en lui subsistait, mais globalement il avait confiance. Après tout, il n'avait dit que la vérité et avait proposé des solutions pour booster les résultats tout en améliorant, sensiblement certes, mais en améliorant quand même les conditions de travail des employés de l'étage. Alors, qu'avait-il à craindre ?

Juste avant de quitter l'étage, Ange croisa sa jeune collègue. Elle avait entendu, elle aussi, les paris stupides qui entouraient sa rencontre du lendemain avec Monsieur Rocwood. Elle ne savait pas comment cela aller se passer c'est vrai, mais elle encouragea Ange avec toute la chaleur qu'elle pouvait dispenser. En cela, il était clair que la jeune femme avait un faible pour Ange. Et avant qu'elle n'eût fini sa phrase, il lui demanda si elle voulait dîner avec lui. La jeune femme accepta, visiblement heureuse. Elle devait passer chez elle se changer et elle lui promit d'arriver en suivant.

- Dans trois quarts d'heure, je suis chez toi Ange. C'est bon ?

- Impeccable. Hey Natacha ! Merci ! lui lança-t-il avec un sourire totalement craquant.

- De rien ! lui répondit-elle enjouée.

Malgré cette soirée qui s'annonçait fort agréable, une légère bruine accompagna Ange le soir même, alors qu'il rentrait chez lui. Il était sincèrement préoccupé par son sort.

Pour autant, quelques heures seulement après, avec Natacha, l'alchimie était évidente. Ils partagèrent de longs moments de tendresse et la jeune femme finit par passer la nuit avec lui, une belle nuit sans nuages.

Le lendemain matin, Ange se réveilla et Natacha n'était plus là. De toute façon, il n'avait qu'une idée en tête, son rendez-vous avec Rocwood. Le jeune homme savait qu'il pouvait tout perdre, comme tout gagner lors de cette entrevue. Pourtant, au fond de lui, se lovait une très agréable intuition positive. Ange était donc confiant. Il ne pouvait pas croire que quelqu'un qui était arrivé à un tel niveau ait un côté aussi despote que la plupart de ses employés se l'imaginaient. Après tout, personne ne le connaissait vraiment. D'ailleurs, comment penser connaître quelqu'un que l'on ne croise pratiquement jamais !

Mais pour l'heure, Ange se concentra sur ses préparatifs. Il se mit un beau costume et fin prêt, il alla dans son garage. Il hésita entre ses deux fabuleux véhicules. Depuis toujours il adorait les voitures et les motos. Il avait acquis un modèle de chaque et les avait personnalisés. Face à lui maintenant se dressaient sa voiture customisée de façon tout à fait originale et atypique, et sa moto qui elle aussi sortait de l'ordinaire ! D'habitude, Ange prenait les transports en commun, cela lui permettait de marcher un peu avant d'atteindre son entreprise. Mais aujourd'hui, il avait envie de mettre toutes les chances de son côté. Dans le doute, il se disait que s'il n'était pas renvoyé, il aurait le grand plaisir de revenir après sa journée de travail, avec l'un de ses magnifiques véhicules, et ainsi, de ressentir les sensations extraordinaires qu'il avait toujours lorsqu'il prenait les commandes de ces incroyables machines. Et d'un autre côté, s'il était remercié, il serait sans doute tout aussi heureux de pouvoir se faire plaisir en pilotant son bolide qu'il aimait tant. Les sensations seraient toujours au rendez-vous quoiqu'il vive dans le bureau du grand chef. C'est en regardant la voiture étincelante qu'il décida de la prendre. Ange ne put s'empêcher de sourire en s'installant aux commandes.

Finalement, il s'assit en avance à son poste de travail. Ses collègues n'étaient pas encore arrivés et ceux qui étaient déjà là prenaient leur café. Il n'avait aucune envie de parler avec qui que ce soit, pourtant, au bureau juste à côté de lui, une discussion le concernant se déroulait. Encore deux personnes, aux points de vue différents, donnaient leurs arguments. Comme hier au soir, les gens prenaient parti et ne pouvaient pas se départager. Toute cette effervescence commençait à légèrement l'agacer. Il pensait que décidément, il en fallait peu pour faire parler de soi dans cette entreprise ! Finalement, cette pensée l'amusa. Il avait en fait exactement ce qu'il souhaitait avoir : les gens parlaient de lui et ceci n'était qu'un aperçu de ce qu'il était capable de faire.

L'heure de la rencontre s'approchait. Ange quitta son poste de travail alors même que Natacha arrivait sur les lieux. Elle lui sourit et lui décocha un clin d’œil complice. Elle espérait bien entendu qu'il reste. Son attirance pour lui était évidente. Il lui sourit aussi, mais se concentra derechef sur ce qui allait se passer pour lui dans quelques instants. Lorsqu'il se retrouva dans le grand bureau de Monsieur Rocwood, bizarrement, il se sentit bien, de suite. L'ambiance n'était pas lourde ni froide, le grand patron avait presque l'air heureux de le voir. Ce dernier lui demanda de s'asseoir face à lui. Il était seul. Sans attendre, il rentra directement dans le vif du sujet.

- Jeune homme, je me suis renseigné sur vous. Je sais quel est votre parcours et je n'en attendais pas moins de quelqu'un qui a votre cursus. Ce que j'ai entendu hier de votre analyse et de vos propositions est tout simplement brillant ! Comme vous le savez, ce n'est pas dans mes habitudes de recevoir, ne serait-ce que le point de vue d'un simple employé sur le business. Cependant, je ne vous cache pas que les solutions que vous nous avez données hier sont excellentes. Je dois même avouer que jamais probablement je n'en aurai eu de meilleures, étant donné que je n'aurai jamais pensé à prendre le problème sous l'angle par lequel vous l'avez pris !

Ange souriait maintenant et commençait à se détendre. Il crut bon de dire :

- Je vous remercie Monsieur !

-Voilà jeune homme, ce que je vous propose : j'ai clairement besoin de personnes comme vous dans le staff décisionnaire. Du sang neuf et un point de vue moderne et original sont des atouts que je ne veux pas négliger. En six mois de présence parmi nous, vous avez tout compris du fonctionnement d'un secteur. Je suis sûr qu'il ne vous en faudra guère plus pour comprendre l'ensemble de l'activité de l'entreprise entière. Pour exploiter au mieux votre potentiel, je vous propose une place de décisionnaire au douzième étage.

Ange était vraiment très heureux et fier. Il aurait bien aimé sauter de joie, mais il se contint et dit simplement :

- Je suis vraiment très honoré de votre proposition. Je vous remercie de la confiance que vous m'accordez Monsieur et j'accepte évidemment avec beaucoup de joie votre poste. Je sais que vous ne le regretterez pas, Monsieur, je serai à la hauteur de la tâche, croyez-moi !

Une telle consécration était inespérée pour le jeune homme, il était tellement flatté que ses talents soient enfin reconnus, qu'il se sentait prêt à relever tous les défis.

Il fut convenu qu'il prendrait place dans son nouveau bureau le jour même et qu'il devait, une fois bien installé, commencer à analyser les rapports d'activités de chaque étage. Il allait avoir accès à tous les dossiers qui avaient été présentés la veille au soir. Sa mission première était de donner son point de vue et de faire des propositions par étages. Puis, dans un second temps, il devait être en capacité d'avancer des objectifs d'améliorations pour l'ensemble de l'entreprise. Presque ému, le grand patron rajouta même :

- Vous me faites tellement penser à moi à votre âge, que j'ai la sensation que nous allons bien nous entendre...

Puis, ce dernier revint vite à lui, comme s'il s'était égaré dans ses sentiments, et lui précisa d'un tout autre ton, se voulant plus autoritaire :

- Vous êtes convoqué à la première réunion de stratégie qui aura lieu demain soir à vingt heures. Ma secrétaire va vous renseigner sur la façon dont nous fonctionnons et communiquons ensemble et évidemment vous fera signer votre nouveau contrat avec une fiche de poste détaillée de ce que j'attends de vous. Je vous remercie jeune homme. Bonne journée et à demain.

Après les salutations, Ange découvrit son nouvel environnement de travail. Il avait déjà entendu parler du douzième étage, il avait eu l'occasion d'y monter bien sûr, mais son agencement complet lui restait inconnu. Il n'était d'ailleurs jamais rentré dans aucun des bureaux présents à cet étage. Dans l'ascenseur qu'il partageait avec la ravissante secrétaire du grand patron, il ne se sentait plus de joie. Il la regarda et il eut tout à coup très envie d'elle. Il pensa aussi à Natacha. Cependant, Ange n'était pour l'instant pas l'homme d'une seule femme, aussi jolie et brillante soit-elle ! S'il avait véritablement passé de merveilleux moments hier soir avec elle, cela ne voulait pas dire qu'il envisageait de vivre autre chose avec elle. Il aimait la compagnie des filles, aussi différentes soit-elles et comme il plaisait beaucoup, il voulait en profiter au maximum. Une relation exclusive et durable n'était pas dans ses projets. D'ailleurs, même si cela revêtait une certaine importance pour lui, il était aussi certain que pour l'instant, ses relations présentes et futures avec la gente féminine n'étaient pas non plus dans ses préoccupations les plus urgentes ! Il se disait que rien ne pourrait l'arrêter désormais. Il connaissait sa grande capacité de travail et il savait qu'il était largement à la hauteur de la tâche qui l'attendait.

La journée passa vite, entre l'organisation de son nouveau bureau et la prise de connaissance des premiers dossiers. Le soir arriva, et il n'avait qu'une seule envie : prendre le volant de son bolide et rouler, peut-être jusqu'à la grande ville voisine, où c'est vrai, il n'avait jamais été ! Il n'avait jamais éprouvé le besoin -ou alors n'en avait-il jamais eu l'idée tout simplement- d'aller faire un tour plus loin qu'une centaine de kilomètres autour de sa ville, tout au plus. Ses parents habitaient vers le Nord, là il connaissait. Alors, il décida de se rendre à l'exact opposé, vers le Sud. Il n'avait jamais ne serait-ce qu'entendu parler de ce qu'il pouvait y avoir là-bas. Des villages et des villes sans doute, comme partout ailleurs...

Ange roula une bonne heure, sa musique préférée passait en boucle. Il était heureux comme jamais.

Cela faisait deux heures maintenant qu'il roulait toujours en direction du Sud. Et c'est là qu'il commença à voir des choses bizarres autour de lui. Dans le paysage d'abord, cela faisait deux fois qu'il avait l'impression de voir certains endroits, comme s'ils avaient été flouté par une sorte de nuage gris. C'étaient des moments fugaces, mais à plusieurs reprises maintenant, il lui sembla que certains arbres disparaissaient du bord de la route, pour réapparaître un peu plus loin. Il se demanda si la journée qu'il avait passée n'avait pas était trop éprouvante pour lui et ses nerfs ! Et s'il était finalement trop fatigué. Pourtant, il se sentait parfaitement en forme. C'est à ce moment-là qu'il vit un étrange animal dans un champ. C'était un être hybride, comme une chimère constituée d'une tête de lion et d'un corps de cheval. Il eut peur, il fit une légère embardée et lorsqu'il eut repris le contrôle de son véhicule, il vit une vache en lieu et place de l'animal aperçu quelques instants auparavant. Le trouble commençait vraiment à envahir le jeune homme.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici ? C'est dans l'air ou quoi ? Qu'est-ce qui m'arrive au juste ?

Plus loin, ces phénomènes étranges semblaient s'amplifier. Ange continua cependant, gardant son sang-froid face à ce qu'il ne comprenait pas encore, mais qu'il considérait comme des étrangetés dû, sans aucun doute, à cet endroit. Peut-être était-ce la tombée du jour, des illusions d'optique que conférait la luminosité tombante de la fin de journée dans cette atmosphère qu'il ne connaissait pas. De toute façon, rien de tout ça ne pouvait être vrai. Il aurait sans doute été au courant si de telles extravagances avaient été connues. Curieux, il continua quelques mètres et pensa à la secrétaire du grand patron. Et là, Ange la vit assise juste à côté de lui, dans sa voiture ! Elle lui souriait ! Le jeune homme fut tellement surpris, qu'il donna un violent coup de volant sur la gauche. La fille hurla, et avant que le véhicule ne se retourne dans le fossé puis dans le champ, Ange eut le temps de voir, à travers le pare-brise, une immensité noire, comme si le paysage n'existait plus, comme s'il se tenait juste à l'orée du monde, comme si tout ce qu'il connaissait jusque là n'était plus...

Quelques minutes plus tard, le jeune homme, sous le choc, se redressa. Il était à deux mètres environ de sa voiture. Il avait été éjecté de celle-ci. Assis maintenant par terre, il se retourna et vit son véhicule renversé sur le côté. Mais ce qu'il vit derrière celui-ci le bouleversa encore plus. La vision qu'il avait eue juste avant l'accident, le paysage qui s'arrêtait d'un coup, le noir complet qui était à sa place, était réel... N'en croyant pas ses yeux, Ange réussit à se lever et en titubant, il alla vers la fin de la route, comme drogué, totalement déboussolé. Il ne pouvait pas penser, il titubait vers ce néant, ce vide de paysage, l'air hagard... Et tout à coup, face à la fin de la route, face à cette vision qu'il ne pouvait pas comprendre, il s'effondra... De ses narines et de ses oreilles sortait une légère fumée bleutée, de sa bouche quelques étincelles semblaient danser, ses yeux grands ouverts étaient maintenant tout verts...

Dans un laboratoire, à l'autre bout de la ville, des voix, comme affolées, se faisaient entendre :

- Hey, mais qu'est-ce que tu as fait ?

- Mais je n'ai pas eu le choix, t'as vu jusqu'où il a été ? Viens, regarde !

- Au bord de la map !! s'exclama la première voix.

- Eh oui ! Je ne pouvais pas le laisser aller plus loin, de toute façon, il commençait à disjoncter tout seul, alors !

- Ohhh, mais c'est pas vrai ! Il est loin d'avoir fini sa vie lui aussi !

- Je sais, mais c'est mieux que les quatre premiers en tout cas ! Il a réussi à projeter son premier job et tout cet environnement de travail que l'on n’avait pas eus avec les autres...

- Oui, c'est vrai, nous avons pas mal de données supplémentaires grâce lui. Mais c'est loin d'être suffisant ! Tu te souviens de ce qui nous a été demandé : une carrière entière, pour que nous puissions définir les comportements qui marchent au sein d'une entreprise !

- Je sais, il va nous falloir reconstituer un autre Ange.

- Évidemment, celui-là est HS ! Regarde ! Lorsque tu l'as débranché, les capteurs sont rentrés dans la zone tampon là.

- Ouh là oui ! Et il est bien abîmé d'ailleurs ! Mais ça, je pense que c'est le choc de l'accident tu ne crois pas ?

- Que se passe-t-il ici !! tonitrua une troisième voix. J'ai vu sur le tableau de commande que vous avez encore bousillé un humanoïde ! Combien va-t-il vous en falloir pour que vous nous donniez les résultats demandés ? Que croyez-vous ? Que nous allons pouvoir vous payer des robots et des cerveaux à volonté pour les faire cramer à volonté aussi ?

- Monsieur Kilian, le cinquième Ange est allé bien plus loin que les quatre premiers ! Nous avons des données nouvelles sur le fonctionnement du cerveau et sa capacité à projeter sa réalité tangible à l'extérieur de lui. Le monde qu'a créé Ange Sinkyaime, depuis ses données de base issues de son milieu familial et de la programmation spéciale que nous avons introduite dans son cerveau avant de le mettre en service, a montré des capacités d'adaptation étonnantes, même pour un sujet si jeune. Et en plus, nous avions raison dès le début ! C'est bien le cerveau qui crée la réalité du sujet, ce sont uniquement ses pensées qui forment son environnement, ses rencontres, la façon dont il vit et les réussites ou les échecs qu'il obtient. Cet humanoïde nous a permis de voir à quel point une donnée même si elle est enregistrée avant la mise en place dans le crâne du robot, est puissante et peut faire toute la différence. Étant donné ce qu'avait comme programmes, notamment sur son estime personnelle, ce cerveau, le destin de cet être aurait dû être des séries d'échecs. Or, il était en train de réussir fortement, dans sa vie professionnelle en tout cas ! Et là, nous pouvons modéliser quelques-uns de ses comportements déjà ! Il en avait plein de gagnants...

- Alors, pourquoi ce ratage ?

- Nous ne savons pas encore la raison pour laquelle, il a décidé de quitter son environnement familier...

- Peut-être faut-il agrandir la map ?

- C'est ça oui ! Et quoi plus ! Vous allez me faire le plaisir de construire un sixième Ange et de récolter suffisamment de données cette fois. Dois-je vous rappeler que vous devez nous fournir d'ici la fin de l'année, une étude concernant les comportements les plus adéquats qu'un individu puisse adopter dans n'importe quel domaine de vie ?

- Nous savons tout ça, Monsieur Kilian, et nous pouvons dès à présent commencer à esquisser un système gagnant concernant les rapports des gens en entreprise...

- Allez, au travail alors, et tenez-moi au courant ! Ah, dernière chose : trouvez un nom de famille un peu plus original que Sizyaime cette fois, s'il vous plaît ! Je commence à douter de votre imagination moi !

Copyright : © 2014. Elisabeth Rosales, Lannemezan.

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