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Mémoire propre

Bonjour à tous et à toutes,

Pour pouvoir lire "Mémoire propre" version électronique en entier, vous pouvez toujours télécharger sur votre ordinateur l'application Kindle, c'est gratuit ! Mais si vous voulez pouvoir emporter avec vous votre livre numérique préféré, discrètement, dans votre sac, partout où vous voulez, alors, laissez-vous tenter par l'expérience de la liseuse.

Pour une fois, permettez-moi de vous présenter le Kindle d'amazon. J'en ai un aussi, et j'ai en permanence sur moi plus de cent livres dans un appareil qui prend peu de place et qui ne pèse même pas le poids des 500 pages de "Mémoire Propre" ! Et le plaisir de lecture est intact ! Vous qui aimez lire, à l'occasion, faites vous ce cadeau ! Et venez partager vos impressions de lecture.

 

 

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Et voici aussi, comme prévu le chapitre 2 de "Mémoire Propre"

Chapitre 2 – À l'hôtel

Le jeune homme ferma derrière lui la porte à clé et il prit la bouteille de whisky qui se trouvait sur la table : il s'assit sur son lit. Machinalement, il se servit un verre et ouvrit un dossier qu'il avait posé à côté de lui. Là se trouvaient des photographies de Sandra. Des photos récentes prises lors de ses dernières rencontres avec la jeune femme, qu'il avait consciencieusement organisées dans une sorte de pèle-mêle sur son ordinateur et qu'il avait imprimées sur du papier glacé, ainsi que des photos plus anciennes. Et aussi tous les articles de presse, toutes les interviews, tout ce qui avait de près ou de loin un lien avec l'affaire. Et cette affaire faisait couler beaucoup d'encre et cracher beaucoup de salive aussi. Fred se sentait mal, tellement mal par tout ce que les gens pensaient ! La plupart du temps, Sandra était totalement incomprise, souvent, elle était carrément insultée ! De victime, certains l'avaient transformée en bourreau. L'on entendait de-ci de-là que son tragique destin était la conséquence logique de ses mœurs dissolues ! Se faire empoisonner, poignarder et brûler était donc à leurs yeux, ce qu'elle avait cherché, pire, ce qu'elle méritait ! Mais ces gens-là ne la connaissaient même pas ! S'ils avaient pu lui parler, ne serait-ce que quelques minutes !

Fred rêvait de leur faire fermer définitivement leurs bouches putrides.

Ce sont les mêmes d'ailleurs qui encensaient l'assassin, la tortionnaire. Ils lui trouvaient des excuses, des circonstances atténuantes ! Ils voulaient qu'elle sorte de prison sur le champ en allant jusqu'à remettre en cause le procès ! En tout cas, ils se tenaient prêts à intervenir en sa faveur et à tout faire pour qu'un non-lieu soit prononcé. Pour eux, cette affaire devait permettre de faire changer la société dans laquelle ils avaient peur de vivre, et où ils avaient peur de faire grandir leurs enfants ! Ils noircissaient le tableau tant qu'ils pouvaient, se faisant passer pour des victimes de quelques dépravés dont ils jugeaient les habitudes malsaines pour eux-mêmes et pour la jeunesse du pays. Ainsi, il leur paraissait légitime de prendre pour emblème Élise Sdart et même de proclamer que le jour du meurtre devait faire l'objet d'un jour de fierté nationale ! Ils juraient à tous les micros possibles et imaginables que s'ils avaient eu affaire à une telle immoralité, ils auraient sans aucun doute agi comme Élise Sdart ! Les vieilles rengaines puritaines, souhaitant le retour de la morale dans toutes les strates de la société et en particulier à l'école, se faisaient entendre à nouveau. Mais ce n'est pas tout. Les plus extrémistes voulaient imposer le retour de l'église catholique et de ses dogmes manichéens dans les salles de classe ! Ainsi que le retour de sanctions pour port de vêtements trop courts, trop suggestifs à leurs goûts très subjectifs évidemment, l'interdiction des films pornographiques, la mise en détention de toutes les prostituées, l'organisation des grands bûchers où les livres jugées pervers et incitant au dévergondage des jeunes et des moins jeunes d'ailleurs, toutes les œuvres subversives, seraient jetées au feu sans aucun droit à quelconques circonstances atténuantes ! Un ramassis d'idioties et un retour au moyen-âge, du temps de l'inquisition, pouvaient se lire et s'écouter dans un grand nombre de supports transmettant idées et croyances sous couvert d'informations ! Lorsque ces gens-là se faisaient contredire, en public ou en privé et surtout lorsqu'ils étaient à court d'arguments obscurs et médiévaux, ils brandissaient leur droit à la liberté d'expression ! Un comble ! Un soir, devant une émission de télévision, Frédéric n'avait pu s'empêcher de vomir rien qu'en entendant une très belle femme par ailleurs, éructer ces insanités tête haute et regard assuré ! Incroyable comme la beauté extérieure n'a rien à voir avec la noirceur et la crasse intérieure ! Peut-être que Sandra se trompait à ce sujet ! Ces discours haineux, ces retours en arrière monstrueux montraient bien à quel point les gens étaient mal à l'aise avec le sexe, et pour le jeune homme, cela montrait surtout à quel point ils n'avaient rien compris à ce qu'était Sandra.

À l'inverse cependant, certains prônaient la tolérance et la compréhension, mais il semblait au jeune homme qu'ils n'étaient pas bien nombreux ! Les extrémistes étaient de sorties, leurs idées et leurs haleines fétides empestaient les médias !

En regardant tout ça, Fred pleurait.

Et ce soir, malgré la promesse qu'il s'était faite de ne plus écouter ces horreurs dignes d'une dictature sanguinaire, au bout d'une heure environ, il avait bu plus de la moitié de la bouteille. Il était ivre de chagrin et d'alcool. Épuisé, il s'affaissa sur le lit et s'endormit. Il n'entendit pas son téléphone sonner. Sur l'écran de son portable, la photo de sa femme s'affichait. Pour la cinquième fois, elle essayait de le joindre et à bout de nerfs, elle laissa un message trahissant son état :

- Fred ! Tu m'énerves maintenant !! Réponds bon sang !! Les enfants veulent te parler ! Tu pourrais au moins faire ça pour eux non ? Ils n'y sont pour rien, tu le sais !! Rappelle-les, et vite !!

Mais le jeune homme était bien loin de penser à quoi que ce soit ; dans sa tête, tout semblait être brouillé. Depuis la mort atroce de Sandra, la femme qu'il n'avait jamais cessé d'aimer, il était comme engourdi par une tristesse incommensurable. À tel point qu'il ne semblait plus faire partie des humains ! Il était ici et ailleurs en même temps, comme plongé dans un cauchemar éveillé, une autre dimension. Fred ne perdait pas la tête, mais cela y ressemblait étrangement. Il se demandait comment il allait pouvoir continuer à vivre dans ce monde alors que sa Sandra n'était plus là. Cette interrogation lui prenait littéralement la tête et le minait. La douleur était plus forte que tout, même plus intense que les appels de ses propres enfants...

Seul l'alcool l'aidait un peu ! Pour lui, c'était un moindre mal. Bien sûr, il était allé chercher un médicament censé l'aider à trouver le sommeil. Il aurait même pu se procurer de la drogue pour calmer ses angoisses et effacer ces idées noires. Mais le jeune homme avait des croyances bien arrêtées sur ces sujets. Il ne voulait en aucun cas de ces substances qui l'auraient mis en état de dépendance bien plus grande à ses yeux, que n'importe quelle bouteille d'alcool. Il avait trop vu sa propre mère sombrer dans une vie dénaturée par l'effet des nombreux médicaments supposés lui redonner un peu de sérénité. De cette sérénité-là, qui la faisait ressembler à un zombie, Fred n'en voulait pas pour lui, sous aucun prétexte ! Tout cela motivait son refus des antidépresseurs donc, et justifiait même sa préférence pour l'alcool ! À chacun sa logique !! Et cela même alors qu'il aurait tout donné pour que chaque instant passé avec sa souffrance intérieure ne soit qu'un mauvais rêve, même s'il aurait souhaité plus que tout au monde échapper à ses pensées et à ses ressentis. Et puis, comme pour se convaincre davantage, qu'il faisait le meilleur choix possible, il se dit qu'il devait bien ça à Sandra !

- Non, elle n'aurait pas voulu ça ! Jamais !

Son sommeil était très agité, il parlait à sa bien-aimée de façon si intense ! Il se tournait et se retournait dans le lit, à tel point qu'il fit tomber le dossier qui lui était dédié. Le bruit que celui-ci fit en touchant le sol le réveilla. Il regarda l'heure sur son portable avec une grimace des plus explicite : la luminosité de son appareil l'aveuglait. Il réussit à lire « 03:15 », mais il fut attiré par l'appel en absence. Il regarda le numéro et vit le portrait de sa femme :

- Pfff, qu'est-ce qu'elle me veut encore, se dit-il, elle veut m'annoncer qu'elle me quitte à nouveau ?

Il se connecta à son répondeur, et ce qu'il entendit le fit réagir.

- Merde, les gosses !

Fred se réveilla complètement maintenant, il avait mal à la tête !

- Ohhh, mais c'est pas possible ça ! Quelle andouille je suis !! Flûte alors ! Quelle heure il est déjà ?

Il regarda à nouveau l'écran de son portable qui lui indiqua trois heures seize.

- De toute façon, je peux pas les appeler maintenant ! Demain, à la première heure avant qu'ils ne partent à l'école ! Enfin, s'il y a école au fait, quel jour on est ?

Il regarda à nouveau son portable qui indiquait : mercredi 14 mai :

- Mouais, demain école ! À sept heures alors...

Il se leva et alla fouiller dans ses affaires de toilette. Il en ressortit une boite blanche et en retira un cachet qu'il avala sans prendre le temps de remplir un verre d'eau et se remit au lit. Là, couché, il était maintenant parfaitement réveillé. Son lancinant mal de tête l'empêchait de s'endormir. Cependant, après une trentaine de minutes, il sombra dans un sommeil agité encore une fois et de ce fait, peu réparateur.