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Mémoire propre - Chapitre 3

 Photo pinterest france : Enregistré depuis transparenteyeball.tumblr.com

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Chapitre 3 – Remerciements

 

Le lendemain, Fred sortit de son hôtel à neuf heures trente. Il ne voulait pas être en retard à son rendez-vous. Il avait toujours un peu mal à la tête ; pourtant, la veille au soir, il n'avait pas bu. Il s'était endormi avec ses écouteurs jusqu'au lendemain matin... Rien n'était venu troubler son sommeil. Mais il ne se sentait pas bien pour autant. La première pensée qu'il eut en se réveillant, concernait Sandra, comme toujours depuis le drame. Il s'était laissé submerger, encore une fois par la même émotion, écrasante et envahissante, tel un tsunami. Ce sentiment de perte immense le mettait dans un état de profonde tristesse : comme un petit garçon malheureux, il avait pleuré, encore une fois. Les larmes étaient chaudes et elles lui avaient rougi les yeux ; il eut encore plus de mal à les ouvrir. Il s'était alors replongé dans les draps en criant : « Sandra ! Pourquoi !? Pourquoi es-tu partiiiiiiie ???... »

 

C'est en se remémorant cette scène qu'il appuya sur l'interphone de Lise Lossare. La porte s'ouvrit et Fred entra. Il pénétra dans une salle d'attente. Le décor était léger, une douce musique d'ambiance trompait le silence, un parfum discret mais agréable venait faire frétiller ses narines. D'ailleurs, il inspira à plein poumon cet air qui semblait le vivifier d'un coup : il se sentit bien, comme s'il venait à nouveau de respirer vraiment depuis bien longtemps ! Fred se dirigea vers un des canapés qui faisait face à la fenêtre, mais il n'eut pas le temps de s'asseoir. La porte du cabinet de Lise s'ouvrit.

L'accompagnatrice en adv en sortit, tout sourire :

- Monsieur Hanck ! Bienvenu dans mon cabinet ! Je vous attendais. Venez, entrez ! lui dit-elle en lui serrant la main et en le dirigeant vers la pièce dont elle était sortie.

Dans cet endroit aussi régnait la même ambiance et le même parfum planait. Fred se sentit de suite à l'aise. Il souriait même, comme apaisé ! Cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé !

Il s'assit et Lise se plaça à côté de lui. Dès le premier coup d’œil, l'accompagnatrice avait bien vu que le jeune homme était en souffrance, il n'y avait aucun doute là-dessus. Cependant, il n'était pas venu, à priori, pour suivre un accompagnement quelconque. Lise savait qu'elle ne pouvait pas imposer quoi que ce soit, mais d'un autre côté, elle avait conscience qu'une force l'avait conduit jusque-là. Il était donc possible qu'un événement d'importance allait advenir pour lui dans ce cabinet. Dans tous les cas, c'est bien lui et lui seul qui allait être le maître de ce qui allait suivre.

Car, pour sa part, et si l'échange s'y prêtait, Lise comptait lui demander des renseignements complémentaires sur Sandra. Intéressée, elle pensait qu'il allait pouvoir lui dire qui était vraiment la jeune femme et même quel avait été l'enseignement ou la philosophie de vie avec lequel elle avait grandi.

Lise commença alors la conversation, comme n'importe quelle séance de thérapie :

- Êtes-vous bien installé ?

- Oui, je suis très bien merci, dit le jeune homme avec un sourire.

- Alors, qu'est-ce qui vous amène ici ?

- Eh bien, comme je vous l'ai déjà dit au téléphone, je voudrais vous remercier de vive voix et en personne, pour l'enquête que vous avez menée avec la police. Je suis allé les voir vous savez, et je les ai remerciés également. C'est important pour moi, cela n'a l'air de rien, mais j'ai besoin de le faire… Vous êtes les derniers à vous être occupés d'elle, en quelque sorte…

Devant le regard infiniment triste du jeune homme, Lise sentait bien que les remerciements n'étaient qu'un prétexte ; il allait forcément se passer autre chose. Cependant, dans le souci de ne rien induire, elle se contenta de dire :

- Je pense moi aussi que Sandra était une fille formidable. Et je comprends tout à fait votre démarche. Dès que j'ai traduit les signes sur le papier qui était dans sa bouche, j'ai su que cette jeune femme était spéciale et j'ai eu la conviction que c'est ça qui l'avait tuée… Il ne restait plus qu'à trouver qui ne pouvait pas comprendre ce qu'elle représentait. L'équipe de policiers est vraiment extraordinaire vous savez. Ils ont eu évidemment besoin d'émettre des hypothèses, mais jamais ils ne sont tombés dans le jugement. Car, si Sandra semblait avoir un style de vie hors du commun, de mon côté, ils ont dû accepter ma vision des choses qui n'est pas commune non plus ! Et ils ont fait ça avec beaucoup de grâce finalement... Les inspecteurs ont parfaitement joué le jeu, c'est ainsi que cette enquête particulière a pu être menée à son terme.

- Oui, je sais, vous avez été efficace. Vous n'avez jamais jugé le style de vie de Sandra et ça, je vous en suis infiniment reconnaissant, parce qu'elle n'y est… hum… n'y était pour rien dans tout ça vous savez.

- Justement, pourriez-vous m'en dire un peu plus sur elle ?

- Eh bien, que voulez-vous savoir au juste ?

S'en suivit une vingtaine de minutes d'explications sur ce que Fred avait compris et avait vu de la vie de Sandra. Il avoua même à Lise l'existence du fameux « carnet » et lui promit de repasser pour lui faire lire certains passages. Et au moment où il s'apprêtait à partir et où elle le raccompagnait vers la sortie, Fred se souvint de son mal de tête. Curieusement, il s'aperçut qu'il n'avait pas souffert depuis qu'il était arrivé. Il plaisanta à ce sujet. Cependant, Lise savait très bien que le véritable travail pour lui allait démarrer à partir du moment où il allait formuler sa demande d'aide. Et s'il attendait d'elle un remède miracle ou un médicament qui allait au mieux cacher ses symptômes sans vraiment agir sur eux, alors, il allait être déçu.

- Si vous voulez vraiment vous « débarrasser » comme vous dites, de votre mal de tête, et si vous décidez de le faire avec moi, alors sachez que je ne recommande aucun médicament sans travailler sur la racine du mal.

- Ça tombe bien, dit Fred, je ne souhaite prendre aucune pilule miracle...

- Attention, entendons-nous bien ! Si votre médecin décide que vous avez besoin de médicaments, alors vous suivrez ses recommandations bien entendu. Et vous guérirez quand même, à condition de réfléchir sur ce que le mal vient vous dire ! dit Lise en souriant. C'est ainsi que je conçois mon accompagnement. Sachez donc, que si vous décidez de faire appel à moi pour votre mal de tête, vous allez travailler pour le comprendre et non pour vous en débarrasser purement et simplement.

- Ah ? Mais qu'est-ce que cela veut dire, comprendre mon mal de tête ?

- Eh bien, en général, nous ne développons pas des symptômes par hasard, et un mal de tête, comme n'importe quelle maladie, porte un message qu'il est intéressant de comprendre et d'intégrer. Un mal de tête qui paraît isolé, parle de vous et de la façon dont vous appréhendez ce qui vous arrive. Votre mal de tête n'est pas là pour vous embêter ou pour vous empêcher d'aller bien. Il est même là pour vous empêcher d'aller plus mal, sans aucun doute !!

- Quoi ? Le marteau piqueur dans mon crâne ferait des travaux d'amélioration et non de destruction ?

- Ah oui ! C'est imagé et c'est un peu ça l'idée !

- Mais c'est tout le contraire de ce qui est raconté habituellement ça ! s'exclama le jeune homme.

- C'est vrai, ce n'est pas le rapport traditionnel au mal-être ou à la maladie qui va être développé ici, il faut que vous le sachiez avant d'entamer un quelconque accompagnement. Ce qui va vous être révélé sera souvent à contre-courant de tout ce qui se dit et se fait généralement.

- Hum... à contre-courant ! J'ai l'habitude avec Sandra !... Cependant, je demande à comprendre ! Car, j'ai toujours appris que lorsqu'on a mal quelque part, c'est parce que le corps est attaqué. Alors il se défend, ou bien, il se réajuste en faisant face à une agression extérieure qui lui tombe dessus par hasard. Je pensais que l'état normal du corps était d'être en bonne santé, sans symptôme, sans mal d'aucune sorte. Ce n'est pas comme ça que ça marche ?

- Évidemment, l'état de santé est notre état normal de fonctionnement. Cependant, lorsque nous « tombons » malade, ce n'est pas parce que nous sommes victimes d'éléments extérieurs, que nous n'avons pas de chance, ou encore, parce que nous avons fait de mauvais choix de vie, mais parce que nous devons nous rééquilibrer. Il nous est envoyé une information, qui souvent apporte l'équilibre, alors que nous la prenons comme un déséquilibre...

- Vous voulez dire que dans la maladie se trouve le remède en quelque sorte ?

- Je vois que vous comprenez vite !

- Hum... j'ai déjà lu ça quelque part et cela ne fait pas si longtemps d'ailleurs. C'était dans le carnet de notes de Sandra justement ! Elle faisait allusion à ce mécanisme... C'est pour cela que je comprends ce que vous voulez dire... Cependant pour moi, je dois vous avouer que c'est bien opaque cette façon de penser.

- J'en étais sûre ! dit Lise intéressée. Il ne pouvait pas en être autrement ! Cette jeune femme connaissait sans doute certains de ces mécanismes ancestraux ! Dans les textes sacrés déjà, tout y était déjà ! Évidemment, le langage était hermétique, les informations étaient accessibles à qui savait faire parler ces écrits autrement ! Les alchimistes, les druides, les chamanes, les guérisseurs, toutes ces personnes qui obtenaient des résultats, connaissaient le grand secret du fonctionnement de l'humain : la croyance ! Tout est dans la propension des hommes à croire !

- Hum... je ne sais pas de quoi vous parlez exactement, mais Sandra elle, nous a raconté que certaines connaissances que son père lui avait transmises, venaient de loin. D'ailleurs, lui-même les avait reçues de façon très peu conventionnelle, de la part d'un vieil homme qui avait le nom d'une espèce de gourou ou quelque chose dans le genre...

- Plutôt une sorte de sage ? Non ?

- Ah ça ! D'après Sandra oui, c'était un sage évidemment ! Mais d'après moi, il avait l'air louche quand même ! Et puis Madame Lossare, faut être sérieux un peu ! Vous pensez que c'est normal, vous, ce que faisait Sandra ?

À ces mots, le visage du jeune homme se ferma soudain. Visiblement il attendait une réponse bien précise à cette question. Bien entendu, ce n'était pas vraiment une interrogation non plus, cependant, cela en disait long sur son état émotionnel.

- Je vois que vous avez des doutes ou des objections sur le choix de vie de Sandra malgré tout ce que vous avez pu m'en dire auparavant.

- Oui, oui, mais c'est normal ! dit le jeune homme agacé tout à coup. Je ne supportais pas qu'elle agisse de la sorte. Après tout, si elle n'avait pas reçu cette éducation, nous serions peut-être mariés avec des enfants maintenant, pourquoi pas ?! Et elle serait certainement en vie aussi ! Alors oui, j'en veux à son père, je lui en veux à elle aussi de ne pas avoir choisi un style de vie plus normal. Mais qu'est-ce qu'elle croyait en agissant de la sorte ? Que tout se passerait bien, toujours ? Qu'elle n'allait pas tomber sur des fous dangereux dans le genre des Sdart peut-être ?

- Je vois. Vous êtes encore secoué par le destin tragique de Sandra.

- Et comment ! dit Fred les yeux humides. Je ne m'en sors pas ! Je pense à elle tout le temps, je rêve d'elle chaque nuit, je n'arrive même pas à trouver le courage de rejoindre ma famille, et je ne vois pas comment je vais faire pour reprendre une vie normale ! Je dois vous avouer que je suis perdu, complètement paumé !

- Je comprends vous savez. J'ai souvent vu des personnes dans votre cas. C'est une période difficile, une épreuve initiatique nous diraient les vieux sages. En tout cas, l'appréhender comme je vous propose de le faire est une façon de voir le bout du tunnel, car, aussi terrible que soit l'adversité que vous traversez, elle est porteuse d'informations primordiales pour vous...

- Hum... Je dois vous avouer que pour l'instant, je ne vois pas ce que je pourrais apprendre de ma souffrance ! Parfois, je pense que je vais finir par en mourir ! C'est assez horrible ! J'ai perdu Sandra alors que je venais tout juste de la retrouver ! Le sort est bien vicieux avec mes sentiments ! Et au fond de moi, je me dis que je suis coupable, alors que je n'ai rien fait ! Je ne peux pas me défaire de cette idée que si je n'étais pas allé la voir, alors, elle serait encore là ! Vous voyez ? J'ai toujours su que Sandra n'était pas pour moi, pourtant, j'ai voulu croire, c'est vrai au plus profond de moi, je croyais dur comme fer que je pourrais un jour, la conquérir ! C'est un désastre ! finit-il par dire en appuyant avec le pouce et l'index sur ces yeux comme pour les empêcher de faire sortir leurs larmes.

 

C'est à ce moment-là que la sonnette retentit. Le prochain rendez-vous de Lise était arrivé. La thérapeute demanda alors au jeune homme :

- Voulez-vous prendre un prochain rendez-vous pour que nous puissions parler de tout ça ensemble ?

- Pffff... Je n'en sais rien... Je pense que oui... dit Fred en regardant par terre d'un air abattu.

- Réfléchissez à cette proposition Monsieur Hanck. Et appelez-moi lorsque vous serez prêt. Nous tâcherons, ensemble, de comprendre les raisons pour lesquelles vous devez vivre cette tragédie...

- Ah parce que pour vous, il existe vraiment des raisons pour que j'aie à vivre ça !? dit Fred plus surpris par ce point de vue qu'en colère.

- Oui, si vous voulez que je vous accompagne, non seulement nous allons partir à la recherche de ce que vient vous dire votre mal de tête, mais nous trouverons, les raisons profondes, inscrites en vous, qui vous ont fait rencontrer, aimer et voir disparaître de façon tragique la femme que vous aimez...

- Mais ne devrions-nous pas plutôt trouver les moyens de me faire accepter ce qui est ?

- L'acceptation, ou plutôt l'intégration de ce qui est, comme vous dites, ne pourra s'envisager pleinement que lorsque vous aurez compris la raison pour laquelle vous avez dû vivre une chose pareille ! C'est ainsi que je travaille...

- Pffff ! Mais, c'est du hasard tout ça ! Si tout pouvait s'expliquer, cela se saurait quand même ! rétorqua Fred en tâchant de garder son calme

- Écoutez Monsieur Hanck, c'est vous qui allez décider si vous reviendrez ou pas... C'est juste une proposition.

- Hum... D'accord, je vous rappellerai. À bientôt alors.

 

Fred partit avec l'étrange sensation que Lise avait été trop loin et que lui n'avait pas était à la hauteur de la proposition d'accompagnement qu'elle lui donnait. Il rentra chez lui et s'assit devant le carnet de Sandra. Il le saisit alors et se mit à le relire une énième fois...

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